Fake news, les alliées du virus

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En parallèle de la propagation du Covid-19 sévit une deuxième épidémie : celle des fakes news. 

Faux conseils de prétendus professionnels de santé, messages d’internautes qui « connaissent quelqu’un au ministère de la Santé », accusations portant sur certaines minorités, depuis le début de l’épidémie en France, le nombre de fake news diffusées sur Internet a été décuplé.  

La propagation exponentielle du virus pose de réels problèmes aux autorités et aux organes de presse, qui doivent s’organiser pour lutter contre ces « infox ». 

Derrière cette épidémie de fausses informations, on assiste, à l’instar d’autres évènements marquants de notre histoire, à l’éclosion de nouvelles théories du complot, très souvent teintées d’antisémitisme, à l’image des nombreux messages complotistes ciblant Agnès Buzyn et son époux, l’épidémiologiste Yves Lévy. 

Les réseaux sociaux sont des espaces propices au développement de fake news ® Le Courrier International

Mieux vaut ne pas se promener sur le forum 18-25 en ces temps troublés, les usagers de la plateforme se montrant à la hauteur de leur réputation concernant la propagation de théories du complot et autres messages teintés de racisme. 

Outre la prolifération de fausses théories du complot, on retrouve également la peur face à une maladie qui reste encore mystérieuse alors que sa propagation peine à être endiguée. D’où le fait que certains malhonnêtes en profitent pour créer de toutes pièces des informations plus ou moins vraisemblables, à l’image de ces pseudo-conseils qui préconisaient de ne pas utiliser de gels hydroalcooliques car ils étaient « potentiellement cancérigènes », dans le but de faire du buzz et/ou de l’argent.  

“Des coups de pression supplémentaires”

Dans ce contexte de crise, tout le monde partage ce qu’il a entendu concernant le Covid-19, sans forcément avoir vérifié la source de l’information. Privés de sortie, nombreux sont ceux qui utilisent Internet afin de se divertir, de garder contact et de s’informer. Les internautes sont donc davantage réceptifs aux messages qu’ils reçoivent et plus à même d’entendre et recevoir des fausses informations.  

 Pour se rassurer, de nombreuses personnes se rendent sur Internet afin de dénicher les réponses à leurs interrogations. “Avec l’arrivée du coronavirus en France, je me suis rendue sur Internet et en fonction des sites, les signes pour détecter la maladie variaient », témoigne Apolline, que cela a inquiété.  

Ces informations piégeuses peuvent prendre de l’ampleur. Stéphane, père de famille, explique : “ On avait entendu dire qu’il y aurait une pénurie de nourriture, on s’est alors précipité dans les magasins. Le soir, cette information a été démenti. Cela provoque des coups de pression supplémentaires.” Les fake news amplifient ce climat d’angoisse, souligne Emma : “ Même si j’essaie de faire attention, mon premier réflexe est toujours de croire ce que je lis. Les fakes news ont un fort impact sur mon moral ”.  

Plus que jamais, les médias numériques se battent afin de démentir ces fakes news qui circulent sur la toile. Ils donnent des conseils à leurs internautes afin que ces derniers ne tombent plus dans le piège des fausses informations. Sur le site web du Monde, le guide des Décodeurs aiguille les internautes pour distinguer les fausses rumeurs des vrais conseils.  

Via l’augmentation des lives, des question-réponses et des newsletters, les médias se reconnectent avec les lecteurs. France info, grâce au hashtag #Onvousrépond, donne la parole à un professionnel de santé pour répondre aux questions des internautes. Le Monde a lui choisit WhatsApp pour informer son lectorat des dernières fake news, mais aussi pour qu’il lui pose ses questions sur une information suspecte, afin qu’elle soit vérifiée. 

Le partage de sites fiables, dont les informations sont vérifiées, participe à la réponse aux questions et inquiétudes de la population concernant cette épidémie historique. La page officielle du gouvernement sur le coronavirus, le site de l’Organisation mondiale de la santé ou encore le site de Santé publique France sont les plus recommandés. Certains médias suggèrent aussi de suivre des experts et médecins reconnus, actifs notamment sur Twitter. 


France Inter : Coronavirus : voici des sources fiables pour vous informer en évitant les fake news

LES EXPERTS REMIS EN QUESTION 

Les paroles d’experts, là aussi, se multiplient. Et la question est d’autant plus difficile à traiter que ceux-ci ne s’accordent pas, allant même jusqu’à se contredire. 

Emblématique de cette épidémie, l’hydroxychloroquine est au cœur du débat. Présentée par le professeur Raoult comme un remède au coronavirus, cette molécule divise les mondes politique, médical, et même médiatique. Alors que le professeur Raoult publie une première vidéo intitulée “Coronavirus : fin de partie !” fin février, il se voit aussitôt accusé de propager une information “partiellement fausse” par Le Monde, dans un article rédigé par Hervé Morin, l’un des décodeurs du journal. Le réseau social Facebook, qui collabore avec ce service, a donc repris cette qualification. Cela a depuis été modifié, et l’on voit apparaitre dans ce même journal que la chloroquine serait finalement efficace. Difficile alors, tant pour la population que pour la classe politique, de se constituer un avis éclairé sur la question. 

Et pour décrédibiliser le médecin, là aussi, les fake news se multiplient : il aurait, entre autres, insulté Daniel Cohn Bendit et appelé les Africains à ne pas prendre le vaccin de Bill Gates contre le Coronavirus. Des informations démenties par le service Checknews de Libération. Inversement, des messages massivement publiés sur les réseaux sociaux font le lien entre la chloroquine et un possible “scandale d’état”, remettant en cause la capacité du système de santé français à gérer la crise. Par peur, une partie de la population prend des initiatives pour se protéger du virus. On observe ainsi ces derniers jours une augmentation d’automédication à la chloroquine (menant au décès ou à un séjour en réanimation). Alors que ce traitement est toujours controversé et ne fait pas l’unanimité, il est difficile de démêler le vrai du faux. Surtout que de nombreux messages circulent, prêtant à cette molécule des effets bien plus grands qu’elle n’en a, ou au contraire spéculant sur sa dangerosité. Difficile donc de trouver des réponses claires à ces problématiques. Dans ce contexte de crise sanitaire, les fake news s’épanouissent, s’appuyant sur le flou ambiant, l’inquiétude et l’incompréhension générales. 


France Info : Agnès Buzyn et son mari, Didier Raoult et la chloroquine… On a examiné au microscope les 20 affirmations d’un message censé prouver un “scandale d’Etat”

VENIR A BOUT DES ZONES D’OMBRE 

Même la parole des politiques, institutionnellement fiable, n’est pas immunisée contre la vague de désinformation. A notamment été démentie une lettre signée par Jean Michel Blanquer qui informait de l’annulation des vacances d’été. Ce flou ambiant est aussi instrumentalisé par l’opposition. Marine Le Pen a ainsi dénoncé une « stratégie du gouvernement » qui aurait sciemment laissé l’épidémie s’amplifier. 

Sur les vacances d’été.
De fausses nouvelles et même des faux courriers circulent sur ce sujet.

Nous n’envisageons pas de changer le calendrier.
Certains rattrapages, notamment pour les élèves les plus en difficulté, donneront lieu à des dispositifs de soutien scolaire gratuit. pic.twitter.com/Tl8LuDjXaJ

— Jean-Michel Blanquer (@jmblanquer) March 20, 2020

L’opinion publique fait donc face à une incertitude constante. Le besoin de sources d’informations fiables et précises est forcément plus grand en temps de crise. Les médias pour la plupart, mettent à disposition sur leur site l’autorisation dérogatoire de sortie, pour simplifier les recherches des internautes. Centraliser pour ne pas s’éparpiller. 

Les rédactions se mobilisent pour créer un contact privilégié. Les dispositifs de démantèlement des fake news sont eux bien plus actifs qu’en temps normal. Par cela, ils redonnent une crédibilité à la parole politique, qui elle-même pâtie de l’épidémie de fake news, crédibilité nécessaire à une bonne gestion de crise. 

La crise, parce qu’elle est sanitaire, rend difficile de discerner le vrai du faux. Dans un contexte de flou ambiant et d’isolement, où la population se doit de suivre les directives des autorités pour voir l’épidémie faiblir, les fake-news sont d’autant plus dangereuses. L’information sûre et précise est alors capitale, ce pourquoi les médias numériques, au plus proche des internautes, multiplient les initiatives pour lutter contre la désinformation. 

Coline Cornuot, Justin Escalier, Clémence Gabory, Sofiane Orus-Boudjema 

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