Gérald Darmanin, seul contre le monde

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La situation se tend de plus en plus dans les rapports entre Gérald Darmanin, les forces de l’ordre, les parlementaires et une large part de l’opinion. 

Pas facile d’être ministre de l’Intérieur en 2020. Si Christophe Castaner avait dû gérer la crise des Gilets Jaunes et la fronde contre la réforme des retraites, son successeur, Gérald Darmanin, a musclé le jeu. Texte de loi dit ” de Sécurité Globale”, soutien aveugle aux syndicats de police et au préfet de Paris Didier Lallement, négation des allégations de viols dont il est la cible…

Il se retrouve de plus en plus isolé sur a scène politique, baladé entre le désamour des parlementaires et les remontrances du Président de la République. Retour en quatre points sur les difficultés rencontrées par le ministre de l’Intérieur.

Une défense de la police coûte que coûte

S’il y a bien une frange de la population globalement satisfaite de la politique du ministre de l’Intérieur, c’est les forces de l’ordre. Refusant d’admettre qu’il existe des problèmes structurels au sein de la police notamment, Gérald Darmanin se borne à estimer que “les individualités ne sont pas un tout”, et prévient qu’il “ne supporter[a] pas qu’on porte atteinte à l’institution de la police et de la gendarmerie.” Il se place ainsi en tant qu’avocat des forces de l’ordre. L’idée qu’il y ait eu un divorce entre l’opinion publique et la police lui semble incongrue. Visiblement, 150000 manifestants, c’est encore trop peu.

La défense inespérée de la loi de sécurité globale, outre les malentendus qu’elle cause entre la population, qui “ne comprend pas bien le texte de loi” et les parlementaires, a également causé une crise parlementaire après l’annonce de Jean Castex, qui voulait mettre sur pieds une commission de réécriture du (très) polémique article 24. Deux courriers des présidents du Sénat et de l’Assemblée plus tard, le projet est abandonné. Mais la confiance peine à être restaurée. De quoi mettre en colère le président de la République, qui a recadré ses troupes lors d’une rencontre lundi 30 novembre à l’Elysée. Le ministre a également consenti à quelques inflexions, en évoquant notamment une réforme de l’IGPN. L’article 24 devrait quant à lui être totalement réécrit. 

Lallement, une sacrée épine dans le pied

Didier Lallement, préfet de police de Paris depuis mars 2019, est un personnage pour le moins controversé. Responsable de la gestion de la crise des Gilets Jaunes dans la capitale, il a connu son lot d’estopiés, d’éborgnés et de violences. Pourtant, ni Gérald Darmanin, ni son prédécesseur à Beauvau, Christophe Castaner, n’ont remis en cause les méthodes de ce haut-fonctionnaire pour le moins zélé. Hier encore, et malgré une semaine chargée en actualité à propos des violences policières, le premier policier de France a confirmé que Didier Lallement bénéficiait de tout son soutien. 

Après que le député communiste Stéphane Peu  l’ait interpellé sur le comportement “hors du champ de la République” du préfet de police, le locataire de Beauvau l’a simplement décrit comme “un fonctionnaire travailleur, qui n’a jamais menti”. D’autres parlementaires mâchent moins leurs mots, tel Jean-Luc Mélenchon, qui demande sa démission depuis mars 2019. Rien ne semble pouvoir venir égratigner l’inébranlable fonctionnaire. 

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C’est pas beau de mentir

Aller jusqu’à mentir pour couvrir les institutions n’est peut-être pas la solution la plus avisée qui soit. Le ministre a ainsi affirmé lundi qu’il n’avait pas connaissance des images de l’interpellation violente de Michel Zecler (un producteur de musique passé à tabac par 4 policiers à son domicile). Une version contredite par le procureur de la République de Paris Rémy Heitz ainsi que par le média Loopsider qui a publié la vidéo de l’agression. 

Il doit également faire face, entre autres contrariétés, aux accusations de viol dont il est la cible et qui sont revenues sur le devant de la scène depuis sa nomination à l’Intérieur. Si l’enquête avait été rouverte en juillet, peu de temps après son arrivée place Beauvau, elle est pour l’instant au point mort. Les colleuses de messages féministes, elles, continuent à s’en donner à coeur joie

Les #colleuses féministes à #Angers ont repris du service.

Hier soir, elles ont dénoncé l’inaction de l’État sur les violences sexuelles et le racisme. Et aussi protesté contre l’entrée au gouvernement de deux ministres G. Darmanin et E. Dupont-Moretti. pic.twitter.com/I4notz5WYz

— Victoria Geffard 🦆 (@victoriagffd) September 17, 2020

.@edwyplenel: “Devant les parlementaires, Gérald Darmanin a menti sur Michel Zecler” pic.twitter.com/DFVOufqwvd

— BFMTV (@BFMTV) November 30, 2020

« Je trouve extrêmement problématique que Gérald #Darmanin (…) qui a été accusé de viol soit ministre de l’intérieur. C’est un message catastrophique »

Adèle Haenel dans @_alairlibre sur @Mediapart

pic.twitter.com/wJ4ANWf7fR

— valentine oberti (@valentineoberti) November 30, 2020

L’incarnation de la droite dure

Macron se voulait le candidat hors des partis et sans étiquette lors de la présidentielle 2017, mais force est de constater que la ligne a légèrement déviée. Si le nouveau gouvernement nommé en juillet 2020 ressemble furieusement à ceux de Nicolas Sarkozy, il est de fait normal de retrouver l’un de ses petits protégés à l’Intérieur. Sans appeler à aller “nettoyer les banlieues au karcher” comme son illustre prédécesseur, il garde une ligne très sécuritaire. La loi de sécurité globale, qu’il défend corps et âme, n’est donc que la suite logique. Fervent défenseur de la manif’ pour tous en 2013, incarnation de la dérive ultra-sécuritaire de l’exécutif, sa nomination ressemble presque à un calcul électoral en vue de grappiller des voix en prévision de la présidentielle en 2022, principalement vis-à-vis du parti Républicain et du RN.

Jean-Louis Debré: “Darmanin a été choisi pour incarner une droite dure qui puisse pomper les voix du Front National” pic.twitter.com/pTBHR2XThh

— BFMTV (@BFMTV) December 1, 2020

Justin ESCALIER

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