Ciné-club : Shaun of the dead

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En pleine pandémie mondiale, quoi de mieux pour passer un énième dimanche d’hiver que de regarder un bon film de zombie ? 

Une pandémie qui frappe l’humanité, la contraint à un confinement général et cause des milliers de victimes, ça rappelle à peu près n’importe  scénario de film de zombie. Vous savez, ces films dans lesquels les humains se transforment petit à petit en créatures humanoïdes présentant une ressemblance frappante avec un morceau de plastique passé au micro-onde. 

Vous ne voyez pas ? Tant pis. Pour moi, c’est une occasion rêvée de vous parler de Shaun of the Dead, d’Edgar Wright. 

Une comédie romantique avec des zombies ?

Le pitch est simple. Shaun (Simon Pegg), modeste employé dans un magasin d’électroménager, passe sa vie en mode “pilote automatique”. Engueulades avec son colocataire Pete, beuveries au “Winchester” avec son autre coloc et meilleur ami Ed (Nick Frost) et parties de jeux-vidéos rythment ses journées. Après une énième soirée alcoolisée suite à sa rupture avec sa petite-amie Liz (Kate Ashfield), il se réveille le lendemain avec la gueule de bois et une apocalypse zombie sur les bras. 

Il va donc tout tenter pour reconquérir son ex (logique, en pleine apocalypse), tout en essayant de mettre à l’abri les personnes auxquelles il tient le plus : sa mère, Ed, Liz …

Le concept de “comédie romantique avec des zombies” peut laisser dubitatif au premier abord. L’équilibre allait être difficile à trouver entre les deux penchants du scénario, et le film aurait pu perdre très vite son intérêt sans le travail d’écriture d’Edgar Wright et de Simon Pegg. Le dosage est suffisamment équilibré pour ne pas tomber dans la parodie de mauvais goût ni dans la mièvrerie bon marché. Sans compter le jeu des acteurs, toujours impeccable.  

Le plus gros ressort comique tient dans le décalage constant entre la situation, souvent catastrophique et désespérée, et les réactions des personnages, qui ne semblent pas réaliser qu’ils risquent leur vie. N’essayez pas de lancer des disques vinyle sur des morts-vivants, je ne pense pas que ce soit la méthode la plus efficace pour s’en débarrasser. 

Complexe d'Oedipe et crise d'ado

Malgré un aspect comique très présent, le film dépeint de manière brutale le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Dans le fond, Shaun n’est qu’un ado, qui adore sa mère, déteste son beau-père, mange des Cornettos en jouant à la console. L’élément déclencheur n’est d’ailleurs pas l’apparition des zombies, mais bel et bien sa rupture avec sa copine, qui le trouve trop immature. 

Tout au long du film, Shaun va devoir affronter ses démons. Il va se rendre compte qu’il tient plus à son beau-père qu’il ne le croyait et hésite à le tuer après son infection par un zombie. Il va ensuite devoir abattre sa mère, elle aussi mordue par un mort-vivant et donc trop dangereuse pour être laissée en vie. Une manière certes efficace de couper le cordon, mais évitez de faire ça chez vous. Enfin, il va devoir se séparer d’Ed, qui le trainait vers le bas et l’empêchait de mûrir. 

A l’inverse des zombies qu’il affronte, Shaun va petit à petit laisser de côté son manque de courage et son apathie caractéristique et s’affirmer comme un leader. En somme, exactement ce que lui demandait Liz avant qu’elle ne rompe avec lui. 

La pression du premier film

Si l’écriture de l’histoire et des personnages joue un grand rôle dans le succès inédit qu’a été Shaun of the Dead, le travail de réalisation d’Edgar Wright est tout aussi remarquable. Fort de ce qu’il avait appris lors du tournage de la série Spaced, durant lequel il avait rencontré le duo Pegg/Frost, il insuffle à son premier long-métrage un rythme rafraichissant. Parmi ses gimmicks de réalisation les plus remarquables, on retrouve les enchainements de gros plans très rapides, traditionnellement emblématiques des films d’actions, mais que le réalisateur a détourné pour illustrer des scènes banales du quotidien, ou encore son sens de la mélodie. Certaines scènes sont en effet parfaitement synchronisées avec la bande-son, qui met en avant des classiques de la pop-culture. Il n’a jamais été aussi jouissif de voir un zombie se faire matraquer à coup de queues de billard en rythme avec Don’t Stop Me Now de Queen. 

A sa sortie en 2004, le film connait un grand succès en salle et les critiques sont particulièrement élogieuses. A tel point que le long-métrage ne devait pas sortir dans les cinémas français mais directement en DVD, a pu être programmé dans les salles obscures partout dans l’Hexagone. Il rapportera près de trente millions de dollars, pour un budget de quatre millions. Une belle réussite pour un premier essai. 

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